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›  Lejeune Z., »Les inégalités environnementales : un thème émergent pour la recherche et pour l’action publique wallonnes ? » (ST 2)

Lejeune Z., »Les inégalités environnementales : un thème émergent pour la recherche et pour l’action publique wallonnes ? » (ST 2)

Lejeune Z., »Les inégalités environnementales : un thème émergent pour la recherche et pour l’action publique wallonnes ? » (ST 2)

Zoé Lejeune (Université de Liège, Belgique)

La justice environnementale constitue un champ de recherche largement développé aux Etats-Unis, dont les origines remontent aux années 1980 et à une série d’études visant à mettre en exergue les injustices environnementales subies par les populations issues de minorités ethniques et/ou pauvres. Au-delà d’un champ d’investigation scientifique, la justice environnementale devient un cadre d’action pour l’activisme mêlant environnement et droits civiques aux USA, alternative au mainstream environmentalism, et est finalement explicitement reconnue dans un Executive Order de 1994 par le président Bill Clinton, « Federal Actions to Address Environmental Justice in Minority Populations and Low-Income Populations ». Exportés progressivement hors du contexte nord-américain, ce courant de recherche et d’activisme se développe notamment en Grande-Bretagne : diverses ONG mobilisent ce cadre d’action et les autorités anglaises – l’Environment Agency notamment – prennent alors des mesures en vue de la reconnaissance de cette « justice environnementale ». L’Europe continentale ne voit se développer ce champ de recherche que plus tardivement. En France, l’activisme de justice environnementale est absent mais les inégalités environnementales se sont développées comme champ de recherche, notamment à l’initiative du Ministère du développement durable. Partant de cette littérature et de cet activisme, se pose la question : quels sont les outils d’action publique qui sont élaborés, pensés pour répondre à ces enjeux ?

Comment les inégalités environnementales, à savoir les situations et les processus historiques, sociaux, économiques et politiques, menant à des inégalités voire des injustices entre populations (minorités, pauvres) en termes de risques environnementaux, ont-elles été progressivement intégrées dans l’action publique et les politiques publiques ? Quels sont les arguments qui permettent de comprendre la séparation entre environnement et social et qui auraient conduit à ignorer les inégalités environnementales en Belgique, aujourd’hui largement sous-étudiées (Theys 2007) ? Quels sont les instruments qui permettent aux autorités publiques, à différentes échelles, de prendre en considération les constats tirés de la « justice environnementale » ? L’idée est ici de montrer l’intérêt d’une démarche prenant en considération les interactions entre champ de mobilisation (activisme), champ de recherche et champ « public ».

Je mettrai ici particulièrement l’accent sur l’utilisation de statistiques et la mise en place d’indicateurs comme instrument permettant d’illustrer les inégalités environnementales et de « donner vie » à un nouveau domaine d’action publique (Desrosières 1997), ainsi que les limites d’une telle approche. La littérature relative à l’émergence, la genèse d’un champ d’action – « policy field » (Massey and Huitema 2013) – sera également mobilisée ; Massey et Huitema constatent : « with limited scholarship on the emergence of new policy fields that currently exists, there are signs that the creation of new fields can foster and engender new policy instruments and modes of governance ».

L’intégration progressive de la justice environnementale dans les politiques publiques nord-américaines fera l’objet du premier point de cette contribution : entre courant de recherche, activisme et action publique.

Ensuite, les cas britanniques et français seront abordés : l’exportation de ce courant de recherche a fait l’objet d’adaptations et a mené à d’autres types de questionnements, dans des contextes plus proches du nôtre.

Finalement, dans un troisième point, j’aborderai les enjeux de l’émergence d’un tel champ non seulement de recherche mais également d’action publique dans le contexte belge et surtout wallon. Quels sont les premiers éléments à mettre en exergue et les constats à tirer des expériences étrangères ?

Section thématique 2 : Crise de la démocratie et nouveau management public – Discours, pratiques, instruments
Session 2 : Modes de communication et NPM (transparence ; participation ; numérisation de la gestion des PP), vendredi 11 avril 2014, 13h30-16h00